FREEDOM FOR KING KONG
Gare aux gorilles ! Dans la jungle musicale d'aujourd'hui, il n'est pas aisé de tailler sa route pour qui ne veut pas finir au zoo. Tel Donkey Kong, chaque étape est un parcours d'embûches où l'instinct sauvage du musicien est son meilleur atout pour parvenir à séduire cet « acolyte anonyme », le public. Suivre ses inspirations, rester soi-même, triompher des succès faciles comme de l'hostilité devient alors un impératif, une nécessité.
Mais le primate bien évidemment est malin comme un singe. Il n'a pas attendu Hollywood pour avoir grand soif de liberté . Le bon docteur blanc peut remballer sa camelote, il ne court pas après ce qui brille, le factice ou l'esbroufe {Marchand de fables}. Son rêve éveillé, il le vit sur la piste aux étoiles et cela fait déjà plus d'une décennie que son monogramme au patronyme slogan est synonyme d'excellence scénique. Du coup la rumeur enfle, portée par un réseau de fanatiques, des tribus disparates qui viennent se ressourcer, se retrouver au son unique de ses mélodies versatiles.
Nous y voilà. Si le chemin fut long pour sortir de la brume, la forêt vibre désormais aux rythmes des rimes incisives de Bring's {Des mots}. Cette pulsation cardiaque, véritable ch½ur du monde présent {à fleur de peau}, déclenche une transe addictive. Portée par l'électricité, la vibe contagieuse s'insinue dans nos sinus, nos oreilles, notre hypothalamus...
S'il fallait résumer l'écoute de leur nouvel opus, l'évidence s'impose. Telle la madeleine, on y retrouve les saveurs des bonheurs d'autrefois, des concerts à l'arrache où il faut tout déchirer pour emporter le match. Celle des kilomètres d'asphalte avalés goulûment pour aller jouer où l'aventure t'appelle, gentlemen de fortune au destin de flibustiers. Pas de culte du cargo, ni d'idole des jeunes, juste un groupe authentique qui offre son talent à qui sait l'apprécier. Ce savoir-faire précieux, celui qui se forge sur les planches et non à la téloche, il irrigue ce disque, dispensant ça et là des parcelles de rêve arrachées à la route.
Rassurez-vous, pas d'entourloupes mercantiles. Cette galette n'est pas un best of masqué, une recette ressassée, mais bien des nouveaux titres {Le garçon - Issue de ce corps - Aliéné}, des hymnes valeureux que l'on sait déjà mûrs pour affronter les feux de la rampe {Acolyte anonyme - Si Nike et sans complexe}. Sur un canevas de guitares et synthés inventifs, de beat vigoureux et de grooves élastiques, les mots cognent juste. La frappe est sèche tel un boxeur qui swingue loin des cordes. Si à tourner en rond, on finit en cage, gageons qu'avec une pareille série d'uppercuts, nulle chaîne ne saurait les empêcher de maintenir le cap. Après l'année de la femme, voici venir celle du grand gorille.
Néo, libérateur de talents.